Le Psaume 91 est-il un porte-bonheur ?
Non. Le Psaume 91 ne promet pas qu’il ne t’arrivera rien. Il promet beaucoup mieux : « Je serai avec lui dans la détresse » (Psaume 91.15). Ce n’est pas un talisman, c’est une relation.
Pourquoi tant de gens portent le Psaume 91 sur eux ?
Des millions de personnes l’affichent dans leur salon, le mettent en photo de profil, le récitent, le partagent dès qu’une épidémie arrive. Beaucoup le lisent comme un contrat d’assurance tous risques : « Que mille tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint » (v. 7).
Le problème arrive le jour où le malheur frappe quand même : une maladie, un accident, un deuil. Alors on se dit soit que Dieu a menti, soit qu’on n’avait pas assez la foi, ou qu’on avait « une porte ouverte ». Les deux conclusions sont fausses.
L’humanité a toujours cherché un bouclier
L’œil d’Horus en Égypte, la bulla que les Romains accrochaient au cou de leurs garçons, le nazar bleu au rétroviseur, la main de Fatma, les gris-gris, le fer à cheval, toucher du bois… Ce n’est pas que du folklore. En 2012, le Pew Research Center a interrogé des musulmans dans des dizaines de pays : en Tunisie, 90 % disent que le mauvais œil est réel, et en Azerbaïdjan, 74 % disent utiliser des objets pour s’en protéger.
Les juifs et les chrétiens n’ont pas toujours fait mieux. En 1979, l’archéologue Gabriel Barkay a découvert à Jérusalem, à Ketef Hinnom, deux minuscules rouleaux d’argent datés d’environ 600 avant Jésus-Christ, sans doute portés autour du cou. Ce sont les plus anciens textes bibliques connus, et ce qui est gravé dessus, c’est la bénédiction de Nombres 6.24-26 : « Que l’Éternel te bénisse, et qu’il te garde ! » Un texte biblique porté comme une amulette. Le Talmud (traité Shevouot 15b) appelle d’ailleurs le Psaume 91 le « chant contre les fléaux ».
Et ça continue. Pendant le Covid, une chercheuse de l’université de Copenhague, Jeanet Sinding Bentzen, a analysé les recherches Google dans des dizaines de pays : les recherches du mot « prière » doublaient chaque fois que le monde comptait 80 000 nouveaux cas.
Une humanité qui tâtonne
Quand Paul arrive à Athènes, une ville couverte d’idoles, il dit : « Je vous trouve à tous égards extrêmement religieux » (Actes 17.22). Le mot grec est δεισιδαιμονεστέρους, deisidaimonestérous (« dé-i-si-daï-mo-nès-té-rouss »), littéralement « qui craignent beaucoup les divinités », d’où aussi « superstitieux ». Paul ne se moque pas. Il ajoute que Dieu a fait les hommes pour qu’ils le cherchent « en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous » (Actes 17.27).
Voilà ce que sont toutes ces amulettes : une humanité qui tâtonne dans le noir, qui cherche un papa pour la protéger.
Que promet vraiment le Psaume 91 ?
Le premier verset pose la condition : « Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut repose à l’ombre du Tout-Puissant. » La promesse est pour celui qui demeure. Ce n’est pas une formule à déclarer, c’est un endroit où l’on se tient : la maison du Père. J’en parle plus en détail dans Que signifie vraiment être protégé par Dieu ?
Le verset que Satan a coupé
Dans Matthieu 4, le diable emmène Jésus sur le haut du Temple et lui dit : « Jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; et ils te porteront sur les mains » (Matthieu 4.6). C’est le Psaume 91, versets 11 et 12, cité mot pour mot… presque. Le psaume dit : « il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies ». Satan a sauté ce petit bout.
La promesse est pour celui qui marche dans les voies de Dieu, pas pour celui qui saute du toit pour voir si ça marche. Jésus répond : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » (Matthieu 4.7). Utiliser une promesse pour forcer Dieu, c’est un bras de fer que tu es sûr de perdre.
Luther face à la peste : prier et se protéger
En 1527, la peste frappe Wittenberg. Des pasteurs demandent à Luther ce qu’un chrétien a le droit de faire : fuir, rester, soigner ? Luther, l’homme qui a tenu tête au pape et à l’empereur, n’a rien d’un tiède. Pourtant, il écrit en substance : je demanderai à Dieu de nous protéger, puis je désinfecterai la maison, je prendrai des remèdes, et si mon prochain a besoin de moi, j’irai. Ceux qui refusent les remèdes en disant « si Dieu veut me protéger, il le fera » tentent Dieu, dit-il. Luther est resté, et il a accueilli des malades chez lui.
La foi et le bon sens ne sont pas ennemis. Il arrive que Dieu demande de toucher un malade sans protection, comme Jésus touchait les lépreux. Si tu as ce mandat, obéis. Si tu ne l’as pas, ne tente pas Dieu.
« Je serai avec lui dans la détresse »
À la fin du psaume, ce n’est plus le psalmiste qui parle, c’est Dieu lui-même : « Il m’invoquera, et je lui répondrai ; je serai avec lui dans la détresse, je le délivrerai et je le glorifierai » (v. 15). Le psaume lui-même prévoit la détresse.
Il y a des moments où tu marcheras sur l’eau pendant que les autres paniquent, où tu dormiras dans la barque en pleine tempête. Et il y a des moments où tu pleureras avec tout le monde. Jésus lui-même, qui demeurait toujours sous l’abri du Très-Haut, n’a pas été épargné de la croix. Dieu ne promet pas que l’épreuve n’arrivera pas. Il promet d’être là, toujours.
« Décale-toi sur la gauche »
Au début de ma conversion, j’étais fiancé et parti en vacances en Corse avec des amis. Je me suis dit, folie : « Cette semaine, je fais une pause dans ma foi. » Un soir, en boîte, j’ai bu d’un trait un verre posé sur une table. Une heure plus tard, je ne tenais plus debout. Je pense qu’il y avait de la drogue dedans. J’ai fini affalé sur un canapé, comme paralysé.
Et là, il m’a dit : « Décale-toi sur la gauche. » J’ai répondu : « Seigneur, je suis trop fatigué. » Il a insisté. J’ai pris toute l’énergie qui me restait pour me décaler. « Encore. » Au moment où je finissais, deux gars se sont mis à se battre et l’un d’eux est tombé de tout son poids exactement là où j’étais. À cinq centimètres de moi.
Ce soir-là, j’ai compris deux choses : on ne fait pas de pause avec Christ, parce que l’adversaire « rôde, cherchant qui il dévorera » (1 Pierre 5.8). Et le Père est bon même quand on fait n’importe quoi, parce que « celui qui te garde ne sommeillera point » (Psaume 121.3).
Mieux qu’un bouclier : quelqu’un
Le Psaume 91 ne promet pas une vie sans tempête. Il promet que tu ne seras jamais seul dedans. L’humanité cherche un bouclier depuis toujours ; ce psaume te donne mieux qu’un bouclier. Il te donne quelqu’un, quelqu’un qui t’aime plus que toutes les personnes qui t’aiment réunies.
Père, je n’ai pas besoin de porter des choses autour de mon cou, parce que tu fais ta demeure en moi. Je te remets mes peurs d’aujourd’hui : cette maladie, ces nuits, ces finances. Je ne veux pas te tester ni faire un bras de fer avec toi. Aide-moi à marcher dans toutes tes voies. Tu es avec moi dans la détresse. Amen.
En vidéo. Ce texte reprend ma vidéo « Le Psaume 91 est un porte-bonheur ? » (23 min), avec une prière de protection à la fin. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.
Cet article fait partie du dossier La prière : guérison et protection. Prier pour la guérison, prier pour la protection : avec foi, sans formule magique, et avec sagesse.
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Questions fréquentes
Le Psaume 91 promet-il qu’il ne nous arrivera rien ?
Non. Dieu dit lui-même : « Je serai avec lui dans la détresse » (Psaume 91.15). Le psaume prévoit la détresse et promet que nous n’y serons jamais seuls.
Peut-on porter le Psaume 91 comme une protection ?
La protection vient du fait de demeurer en Dieu (Psaume 91.1), pas d’un objet ni d’une formule. Jésus refuse lui-même d’utiliser ce psaume pour forcer Dieu (Matthieu 4.7).
Pourquoi Satan cite-t-il le Psaume 91 ?
En Matthieu 4.6, il cite les versets 11 et 12 mais coupe « dans toutes tes voies ». La promesse concerne celui qui marche dans les voies de Dieu, pas celui qui se met en danger pour le tester.
Que faisait Luther pendant la peste ?
En 1527, il recommandait de prier ET de se protéger : désinfecter, prendre des remèdes, et aller vers le prochain dans le besoin. Refuser les remèdes, c’était pour lui tenter Dieu.