L’esprit d’adoption : ce que veut dire « Abba ».
Beaucoup prient comme des employés en période d’essai : on demande, on supplie, on mendie, et on repart avec la peur de ne pas en avoir fait assez. Paul dit l’inverse. Tu as reçu un Esprit qui te fait crier un seul mot : « Abba ».
Prier comme un esclave
On vient souvent devant Dieu avec une liste. Des choses à demander, à supplier, à mendier. Et on se demande si on a assez prié, assez jeûné, assez lu sa Bible pour mériter une réponse. Au fond, on prie comme un serviteur qui a peur de son maître.
Paul écrit exactement le contraire : « Vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Romains 8.15). Il le redit aux Galates : « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » (Galates 4.6).
Tu n’es plus un esclave. Tu n’as pas besoin d’être dans la crainte pour t’approcher de lui.
Abba, le mot de la maison
Ἀββᾶ, Abba (« a-ba »), « Père », « Papa ». Paul écrit en grec, mais il garde ici un mot araméen, la langue que Jésus parlait à la maison. C’est le mot qu’il a employé à Gethsémané, la nuit de l’angoisse : « Abba, Père, toutes choses te sont possibles » (Marc 14.36).
Il faut être honnête sur ce mot. Ce n’est pas un babil de nourrisson : les enfants l’employaient, mais aussi les adultes pour parler à leur père. C’est le mot de la maison, de la confiance, de l’intimité familiale. Pas le vocabulaire du temple, mais celui de la table du soir. Et c’est ce mot-là que Jésus met dans ta bouche.
Il y a des moments où je n’ai rien d’autre à dire que ça. Dans la vidéo, on finit par simplement crier : « Papa ! Papa des cieux ! » Et c’est souvent là que quelque chose se dénoue.
L’adoption au temps de Paul
Le mot que Paul emploie pour « adoption » est υἱοθεσία, huiothésia (« hu-i-o-té-zi-a »), littéralement « être placé comme fils ». Dans le monde romain où vivaient ses lecteurs, l’adoption n’avait rien d’un statut de seconde zone. L’adopté recevait le nom de son père, ses droits, son héritage. Ses anciennes dettes étaient effacées. On ne pouvait plus le renier.
C’est pour cela que Paul enchaîne : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ » (Romains 8.17). L’esprit d’adoption n’est pas une émotion. C’est une place, et un droit d’accès permanent.
Dieu cherchait ses enfants avant qu’ils le cherchent
J’ai perdu mon père à dix-huit mois. J’ai cherché pendant dix-huit ans une place, un nom, quelqu’un à qui appartenir. Et un jour, dans un Starbucks à Marseille, j’ai rencontré le Père. Je raconte cette histoire dans l’article sur l’esprit d’orphelin.
Ce que j’ai compris ce jour-là, c’est que je n’étais pas en train de le trouver : c’est lui qui me trouvait. « Je t’aime d’un amour éternel ; c’est pourquoi je te conserve ma bonté » (Jérémie 31.3). Avant même que je sois dans le ventre de ma mère, il me connaissait (Jérémie 1.5). J’étais caché dans son carquois, comme une flèche (Ésaïe 49.2), et il m’a tiré sur cette terre pour que je connaisse son amour et que je le fasse connaître.
Approcher avec assurance
Parce que tu es fils, fille, tu n’as pas à forcer la porte. « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce » (Hébreux 4.16). Le mot grec est παρρησία, parrêsia (« pa-ré-zi-a »), « franc-parler, liberté, assurance » : la liberté de parole de quelqu’un qui est chez lui.
Jésus est le portail qui nous ouvre le chemin vers le Père, dans le cœur de Papa. Tu n’es en compétition avec personne : il y a de la place pour tout le monde sur ses genoux. Tu n’as pas à te battre pour obtenir son regard.
Laisser crucifier l’orphelin
Recevoir l’esprit d’adoption, c’est aussi laisser mourir quelque chose. L’orphelin en nous veut s’éloigner, se débrouiller seul, faire ce qu’il veut, se protéger derrière des masques. Pendant ce soaking, je n’ai pas pu faire autrement que de prier : « Papa, merci parce que tu as crucifié l’orphelin en moi. Brûle tout ce qui n’est pas à toi. »
Ce n’est pas une technique. C’est une prière qu’on refait souvent, chaque fois qu’on se surprend à revenir comme un serviteur.
Comment le vivre concrètement
- Arrête de commencer par ta liste. Commence par lui dire « Papa ». Juste ce mot, plusieurs fois, sans rien ajouter.
- Laisse-le te parler. « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8.16). Tais-toi quelques minutes et écoute ce qu’il dit de toi.
- Note ce qu’il te dit. Une image, une phrase, une pensée : écris-la. Le jour où tu seras attaqué, ce sera ton bouclier.
- Reviens chaque fois que tu redeviens esclave. Quand tu te surprends à négocier, à mériter, reviens au mot de la maison.
Pour aller plus loin, j’ai écrit un guide sur le soaking, ce temps où l’on se laisse simplement aimer.
Abba, Papa, je viens dans ta présence qui est déjà là. Je ne viens pas pour demander, supplier ou mendier, mais pour t’offrir mon attention. Merci parce que je ne suis plus un esclave. Merci parce que tu as crucifié l’orphelin en moi. Brûle tout ce qui n’est pas à toi, tous les masques que je me suis mis. Je suis caché en toi. Tu es bon, Papa. Amen.
En vidéo. Ce texte reprend le cœur de ma vidéo « Immergé dans le cœur du Père », un temps de soaking guidé de 40 minutes où l’on crie « Abba » ensemble. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.
Cet article fait partie du dossier Le cœur du Père : passer de l’esprit d’orphelin à l’esprit de fils. L’esprit d’orphelin, l’esprit d’adoption, l’esprit d’Élie : le chemin pour se savoir fils, fille, puis devenir père, mère.
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Questions fréquentes
Que veut dire « Abba » ?
Abba (Ἀββᾶ, « a-ba ») est un mot araméen qui signifie « Père », dans le registre de la maison et de l’intimité familiale. Jésus l’emploie à Gethsémané (Marc 14.36), et Paul dit que l’Esprit le met dans la bouche des croyants (Romains 8.15 ; Galates 4.6).
Qu’est-ce que l’esprit d’adoption ?
C’est l’Esprit de Dieu qui fait savoir au croyant qu’il est enfant de Dieu, et non plus esclave dans la crainte (Romains 8.15-16). Le mot grec huiothésia signifie « être placé comme fils », avec le nom, les droits et l’héritage du père.
« Abba » veut-il dire « Papa » ?
C’est le mot de la maison, employé par les enfants mais aussi par les adultes pour parler à leur père. « Papa » rend bien sa tendresse et sa confiance, à condition de ne pas en faire un simple babil d’enfant.