Traverser la nuit obscure, quand la souffrance ne part pas.
Il y a des souffrances qu’on chasse, et qui partent. Et il y a celles qui restent, malgré les prières, les jeûnes et les prophètes. J’ai vécu huit ans de cette nuit-là. Voici ce que Jésus m’en a dit.
Huit ans de « pourquoi »
Pendant huit ans, j’ai cherché ce que j’avais. J’avais des douleurs profondes, et on ne trouvait pas. J’ai vu des prophètes, j’ai prié, j’ai beaucoup jeûné, j’ai lu ma Bible. J’ai fait tout ce qu’il fallait, et rien ne changeait.
Une fois, je suis resté alité deux semaines. Et c’est là, au fond du trou, que j’ai vu Jésus comme je ne l’avais jamais vu. J’avais une femme, des enfants, une maison, une activité. Et j’ai compris qu’en réalité, je n’avais que lui. Tes enfants peuvent partir, tes parents peuvent t’abandonner : lui ne t’abandonne jamais. C’est dans les ténèbres les plus profondes qu’on le voit le plus lumineux.
Les chrétiens ont un nom pour ce genre de traversée : la nuit obscure. L’expression vient de Jean de la Croix, un mystique espagnol du XVIᵉ siècle. Ce n’est pas l’absence de Dieu. C’est le moment où tout ce sur quoi on s’appuyait se tait.
« Tu n’es pas malade, donc je ne vais pas te guérir »
Un jour, j’ai crié à Dieu : « Mais qu’est-ce que j’ai ? » Tout le monde priait pour moi comme si ce n’était pas un problème. Et Dieu m’a dit une chose que je n’ai pas comprise sur le moment : « Tu n’es pas malade, donc je ne vais pas te guérir. »
Quelques mois plus tard, on a enfin posé un diagnostic : un TDAH, avec certaines difficultés qui l’accompagnent parfois. Ce n’est pas une honte, c’est un fonctionnement différent. Pour moi, la parole de Dieu était exacte : il n’y avait pas de maladie à chasser. C’est mon histoire, pas une règle : toute souffrance ne cache pas un diagnostic, et la tienne ne ressemble peut-être pas du tout à la mienne. Quatre mois après, j’ai vécu la nuit où j’ai rencontré Jésus.
Face à lui, de l’amertume
Ce que je ressentais devant mon Roi, c’était de l’amertume. Quand on souffre depuis des années, quand on a vécu des choses injustes, on en a tous. La vérité expose tout. J’ai commencé à lui dire : « Pourquoi tu m’as laissé souffrir comme ça ? »
Mais ça ne sortait pas en reproche. Ça sortait en belles paroles, presque en louange. Les larmes de tristesse et de colère montaient, et au moment de sortir, elles s’évaporaient devant lui. « Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Apocalypse 21.4). Je l’ai vécu. Il ne m’a pas dit de me taire : il me regardait avec amour. Dans sa présence, il n’y a aucune condamnation (Romains 8.1), ni pour nous, ni envers lui.
Jacques demande : « La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ? » (Jacques 3.11). Dans la nature, c’est impossible. Cette nuit-là, la source qui aurait dû être amère a donné de l’eau douce. Ce n’est pas la nature qui fait ça. C’est la grâce.
Le cri du shofar
Le שׁוֹפָר, shofar (« cho-far »), « la corne de bélier » est l’instrument que les Hébreux sonnaient devant l’arche et avant les batailles. La tradition juive le relie au bélier pris dans le buisson à la place d’Isaac (Genèse 22.13 ; Talmud, Roch Hachana 16a). Abraham avait dit : « Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau » (Genèse 22.8). Il voyait déjà Jésus (Jean 8.56).
J’aime imaginer qu’Abraham, ce jour-là, a soufflé dans cette corne parce qu’il avait mal. C’est ma lecture, pas un enseignement établi. Mais elle dit quelque chose de vrai : le shofar exprime ce que les mots ne peuvent pas dire. Des pleurs, des prières, par un seul son. Devant Jésus, c’est comme si j’étais devenu ce shofar : de mon amertume est sorti le doux. « Mon joug est doux, et mon fardeau léger » (Matthieu 11.30).
« Tu étais dans l’entre-deux »
Jésus m’a parlé de ma souffrance. Il me répétait : « C’est parce que tu étais dans l’entre-deux. » Je ne comprenais pas : je ne pratiquais pas consciemment le péché. Il m’a montré l’espace entre le moi qui demeure en lui et le moi qui ne demeure pas en lui. « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous » (Jean 15.4).
Je n’étais pas présent à sa présence. Ce n’est pas juste penser à Jésus de temps en temps. C’est une conscience de lui. Je développe ce point dans les cinq portes qui ouvrent sa présence.
Les deux souffrances
Il faut du discernement, parce que toutes les souffrances ne se ressemblent pas.
- Celles qu’on chasse. Il y a des souffrances qui viennent de l’ennemi, d’une malédiction, du péché, ou simplement des aléas de la vie. Jésus les a portées sur la croix. Là, on prend autorité, on prie, on déclare, on chasse. Une maladie ne vient pas de Dieu.
- Celles qu’on traverse. Il y a aussi ce que Paul appelle « les souffrances de Christ ». Personne n’ajoute rien au sacrifice de Jésus : tout est accompli. Mais son corps, l’Église, continue sa vie dans ce monde. « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés » (2 Timothée 3.12). « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église » (Colossiens 1.24).
On veut la couronne, mais pas les épines. On veut les anges, mais pas le rejet ni la trahison. La souffrance du péché porte la mort ; la souffrance pour Christ porte la vie.
Romains 8 : les douleurs de l’enfantement
« Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui » (Romains 8.17). On aime lire le début de ce verset, beaucoup moins la fin. Paul ajoute : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir » (Romains 8.18).
Puis il dit que « la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (Romains 8.22). Le verbe grec est συνωδίνει, sunôdinei (« su-nô-di-néi »), « elle souffre avec, les douleurs de l’accouchement ». Ce n’est ni une maladie, ni une malédiction, ni une persécution : c’est la souffrance de la vie elle-même qui pousse en nous.
Jésus me le disait : « Ce n’est pas moi qui te cause cette souffrance. Mais cette souffrance te pousse vers moi. » Tant qu’on ne demeure pas en lui, cette souffrance-là ne part pas, quoi qu’on fasse. Elle ne doit pas devenir une occasion de chute, mais une poussée vers lui.
Le feu qui purifie
Un prêtre m’a dit un jour, à propos de mes visions : « Tu dois vraiment être petit dans le royaume pour avoir tout ça. » Je lui ai répondu : « Sans ces expériences, je serais mort. » Là où la souffrance abonde, sa gloire surabonde.
Le feu dans lequel on est baptisé n’est pas seulement un feu de puissance. C’est aussi un feu de purification, où les scories remontent à la surface (Malachie 3.2-3 ; 1 Pierre 1.7). Dieu t’aime tel que tu es, mais il t’aime trop pour te laisser tel que tu es.
Si tu es malade ou sous traitement, ce texte ne remplace ni ton médecin ni tes soins : ne les arrête jamais de toi-même. Prie avec foi, et laisse ceux qui te soignent faire leur part. Dieu peut agir par les deux.
Jésus, tu connais mes « pourquoi » et toute l’amertume que je porte. Je viens devant toi tel que je suis. Change l’eau amère en eau douce. Montre-moi ce qui doit être chassé, et ce que je dois traverser avec toi. Je ne veux plus vivre dans l’entre-deux : je veux demeurer en toi. Assieds-toi sur le trône de mon cœur. Amen.
En vidéo. Ce texte reprend ma prédication à Every Nation Marseille, « Ce que Jésus m’a révélé cette nuit » (1 h 33), avec un long temps de prière pour les malades à la fin. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.
Cet article fait partie du dossier La présence de Dieu : entrer dans le lieu secret. Les portes qui ouvrent sa présence, le lieu secret, le soaking, la nuit obscure : apprendre à demeurer en lui, soi-même.
- Les cinq portes qui ouvrent la présence de DieuLe présent, la sobriété du cœur, toquer, le lieu secret, les choses ordinaires.
- Le soaking : se laisser immerger dans la présence de DieuD’où vient cette pratique, ce que dit la Bible, et un guide pas à pas.
Les autres dossiers : Le cœur du Père · La prière
Les vidéos sur le sujet
- Ce que Jésus m’a révélé cette nuit1 h 33
- Jésus m’a montré les portes qui ouvrent sa présence11 min
- Immergé dans le cœur du Père · Soaking40 min
- Esprit d’orphelin : comment en sortir ?30 min
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la nuit obscure de l’âme ?
L’expression vient de Jean de la Croix (XVIᵉ siècle). Elle désigne une traversée où Dieu semble se taire et où nos appuis habituels ne répondent plus. Ce n’est pas l’absence de Dieu, mais souvent un temps de purification et d’approfondissement.
Toute souffrance vient-elle de Dieu ?
Non. Certaines souffrances viennent de l’ennemi, du péché ou des circonstances et doivent être combattues dans la prière. La Bible parle aussi des « souffrances de Christ » que partage son corps (Romains 8.17 ; Colossiens 1.24 ; 1 Pierre 4.13), qui poussent à demeurer en lui.
Que veut dire « souffrir les douleurs de l’enfantement » en Romains 8.22 ?
Le verbe grec sunôdinei décrit la douleur de l’accouchement : une souffrance qui précède une naissance. Paul l’applique à la création qui attend la révélation des enfants de Dieu (Romains 8.19-22).
Faut-il arrêter un traitement pour prouver sa foi ?
Non, jamais. On prie avec foi tout en respectant les soins et l’avis du médecin. C’est au prescripteur de modifier ou d’arrêter un traitement.