Demeurer en lui au quotidien.
Beaucoup de chrétiens vivent leur foi comme des visites : le dimanche, un temps de prière, une conférence. Jésus ne parle pas de visites. Il parle d’habiter. Demeurer en lui, c’est vivre chez lui, et le laisser vivre chez toi, même un mardi après-midi entre deux réunions.
En bref. « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous » (Jean 15.4). Ce que veut dire demeurer (ménô), pourquoi ce n’est pas une performance, et comment le vivre au milieu du travail, des enfants et des journées ordinaires.
Le mot que Jésus répète
Dans Jean 15, Jésus emploie le même verbe onze fois en quelques versets : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi » (Jean 15.4).
Ce verbe, c’est μένω, ménô (« mé-nô »), « demeurer, rester, habiter ». Pas passer de temps en temps : rester. Le sarment ne fait pas d’effort pour porter du fruit. Il reste attaché. Le fruit vient de la sève.
Et Jésus ajoute : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15.5). Ce n’est pas une menace. C’est une libération : tu n’as pas à produire seul.

Demeurer, ce n’est pas être parfait
Au début de ma vie avec Dieu, je me disais : c’est bon, il m’a choisi, maintenant je vais me battre. Je vais reprendre tout ce qu’on m’a volé. Et il m’a dit : « Ce n’est pas ton combat, c’est le mien. » Puis le chemin est devenu lourd, et j’ai fini par dire : je n’y arrive plus, j’en ai marre de jouer à Jésus.
C’est là qu’on comprend Jean 15.5. Comme Pierre qui marche sur l’eau, regarde la tempête et coule (Matthieu 14.30). On y passe tous, et pas qu’une fois. Et il nous rattrape à chaque fois. Comme je relève ma fille quand elle tombe, et qu’elle retombe, et que je la relève encore.
Demeurer, ce n’est donc pas ne jamais tomber. C’est revenir. Encore et encore.
Le même mot que dans le Psaume 91
« Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut repose à l’ombre du Tout-Puissant » (Psaume 91.1). La protection n’est pas une formule à réciter, c’est un lieu où l’on habite. J’en parle dans Que signifie être protégé par Dieu ?.
Jean le redit dans sa lettre : « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jean 4.16). Demeurer en lui, c’est demeurer dans l’amour. Pas dans la peur de mal faire.
La présence dans les choses ordinaires
On croit souvent que la vie spirituelle se passe dans les moments « spirituels ». Mais la plus grande partie de nos vies se joue ailleurs : au travail, dans la voiture, à table, au coucher des enfants.
Au XVIIᵉ siècle, un frère cuisinier, Frère Laurent de la Résurrection, disait en substance qu’il possédait Dieu aussi tranquillement au milieu du bruit de sa cuisine qu’à genoux à la chapelle. Je raconte comment je le vis dans Les cinq portes qui ouvrent la présence de Dieu.
Paul dit la même chose : « Quoi que vous fassiez, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur » (Colossiens 3.23). Changer une couche, réparer une chaudière, répondre à un mail : tout peut se vivre avec lui.
Une règle de vie, petite et tenue
Il y a quinze siècles, saint Benoît résumait la vie de ses moines en deux mots : prier et travailler. On n’est pas moines, on a des familles et des factures. Mais on peut garder l’esprit : un rythme minimal, et tenu. Minimal et tenu vaut mieux qu’ambitieux et abandonné.
- Chaque jour. Un temps fixe dans le lieu secret, même vingt minutes, à la même heure. Et dans la journée, des petits retours : « Tu es là. »
- Chaque semaine. Un temps plus long seul avec lui, une heure ou deux. Et un vrai repos : le sabbat n’est pas une option pour les fatigués, c’est un cadeau (Marc 2.27).
- Dans l’année. Une journée de retraite de temps en temps, et parfois un temps de jeûne.
Chaque chose a un début et une fin. Le travail finit dans la journée. Le ministère ne mange pas la famille. C’est aussi ça, demeurer : ne pas vivre éparpillé.
Regarder la vidéo : Que signifie vraiment être protégé par Dieu ? Psaume 91
Le fruit vient tout seul
« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé » (Jean 15.7). Celui qui demeure finit par désirer ce que le cep désire. Le fruit, ce n’est pas ce que tu produis pour Dieu. C’est ce que sa vie produit en toi : « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté » (Galates 5.22).
Jésus, je veux habiter en toi, pas seulement te rendre visite. Je reviens vers toi maintenant, au milieu de ma journée. Pardonne-moi pour tous les moments où je pars ailleurs. Je ne veux plus produire seul. Que ta vie coule en moi comme la sève dans le sarment. Et que ceux qui m’entourent goûtent ton fruit. Amen.
En vidéo. Dans cette vidéo sur le Psaume 91, je relie l’abri du Très-Haut au verbe « demeurer » de Jean 15. C’est le même chemin. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.
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Cet article fait partie du dossier L’intimité avec Dieu : entrer soi-même dans le lieu secret. Le lieu secret, demeurer en lui, entendre sa voix, la prière contemplative, le jeûne, les mystiques : apprendre à vivre soi-même avec Dieu.
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Questions fréquentes
Que veut dire demeurer en Christ ?
C’est rester attaché à lui comme le sarment au cep (Jean 15.4-5). Le verbe grec ménô (μένω, « mé-nô ») signifie demeurer, rester, habiter. Ce n’est pas une visite de temps en temps, mais une vie partagée avec lui, au quotidien.
Comment demeurer en Dieu dans la vie de tous les jours ?
En gardant un temps fixe de prière chaque jour, en revenant souvent vers lui pendant la journée, et en vivant les tâches ordinaires avec lui, « comme pour le Seigneur » (Colossiens 3.23).
Que se passe-t-il quand on ne demeure pas ?
Jésus dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15.5). On s’épuise à produire seul. Mais on peut toujours revenir : demeurer, c’est revenir encore et encore.
Quel lien entre Jean 15 et le Psaume 91 ?
Le Psaume 91 promet l’abri à « celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut » (v. 1). La protection et le fruit viennent du même lieu : rester en lui.