Intimité · Histoire de l’Église

Les mystiques chrétiens : ce qu’ils nous apprennent de l’intimité avec Dieu.

Par Audren Cheron · Renouvelé · 9 min de lecture · Dossier L’intimité avec Dieu

Le mot « mystique » fait peur. On imagine des extases réservées à quelques saints, ou des choses étranges. Pourtant, depuis deux mille ans, des chrétiens ordinaires ont cherché une seule chose : connaître Dieu de l’intérieur. Ils ont laissé des traces. Ce serait dommage de marcher sans eux.

En bref. Antoine du désert, Bernard de Clairvaux, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Frère Laurent, Madame Guyon : ce que les mystiques chrétiens ont vécu, ce qu’ils nous apprennent sur la prière, et comment les lire avec la Bible en main.

Mystique, ça veut dire quoi ?

Le mot vient du grec μυστήριον, mustêrion (« mus-té-ri-on »), « mystère, secret révélé ». Paul l’emploie pour parler de ce que Dieu révèle : « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Colossiens 1.27). Le grand mystère du christianisme, ce n’est pas un secret pour initiés. C’est Dieu qui vient habiter en nous.

Un mystique, au sens chrétien, c’est quelqu’un qui ne se contente pas de savoir des choses sur Dieu. Il veut le connaître, comme on connaît quelqu’un qu’on aime. Au fond, c’est la vocation de tout chrétien : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu » (Jean 17.3).

Dessin au trait : un homme lève les mains devant l’autel en feu

Les pères du désert

Au IIIᵉ et au IVᵉ siècle, en Égypte, des hommes et des femmes sont partis vivre dans le désert pour prier. Le plus connu, Antoine, vendit ses biens après avoir entendu l’Évangile du jeune homme riche, et passa des décennies dans la solitude. Les gens venaient de loin lui demander conseil.

Ces pères et mères du désert nous ont légué un mot : la sobriété du cœur, ce cœur éveillé et sans buée. J’en parle dans Les cinq portes qui ouvrent la présence de Dieu.

Bernard de Clairvaux et l’amour

Au XIIᵉ siècle, Bernard de Clairvaux, moine en Bourgogne, a prêché pendant des années sur un seul livre : le Cantique des cantiques. Plus de quatre-vingts sermons. Pour lui, ce poème d’amour parlait de la relation entre Dieu et l’âme. Il disait qu’on ne connaît Dieu vraiment qu’en l’aimant. J’en parle dans Le Cantique des cantiques : Dieu, l’Époux.

Thérèse d’Avila et le château intérieur

Au XVIᵉ siècle, en Espagne, une religieuse carmélite, Thérèse d’Avila, a écrit Le Château intérieur. Elle y compare l’âme à un château de cristal avec beaucoup de pièces, qu’elle appelle des « demeures ». Au centre, dans la demeure la plus intime, habite le Roi.

Pour elle, la prière est la porte de ce château. Et elle disait en substance que l’oraison n’est rien d’autre qu’un échange d’amitié, où l’on parle souvent, seul à seul, avec celui dont on sait qu’il nous aime. C’est exactement le lieu secret de Matthieu 6.6.

Jean de la Croix et la nuit obscure

Son ami, Jean de la Croix, a parlé de ce que beaucoup vivent sans oser le dire : la « nuit obscure ». Une saison où Dieu semble absent, où la prière est sèche, où plus rien ne goûte. Pour lui, ce n’était pas un abandon, mais un passage où Dieu purifie l’amour. J’ai traversé une nuit comme celle-là pendant huit ans. Je la raconte dans Traverser la nuit obscure.

Miniature de la vidéo Jésus m’a montré les portes qui ouvrent sa présenceRegarder la vidéo : Jésus m’a montré les portes qui ouvrent sa présence

Frère Laurent et la cuisine

Au XVIIᵉ siècle, à Paris, un ancien soldat devenu frère cuisinier, Frère Laurent de la Résurrection, a montré qu’on pouvait vivre la présence de Dieu au milieu des casseroles. Pas besoin d’un monastère silencieux : la présence se vit dans les choses ordinaires. Ses lettres et entretiens ont été rassemblés après sa mort sous le titre La Pratique de la présence de Dieu.

Madame Guyon et la prière simple

À la même époque, une femme, Jeanne Guyon, a écrit un petit livre au titre qui dit tout : Moyen court et très facile de faire oraison (1685). Elle voulait que tout le monde, même les plus simples, puisse prier avec le cœur. Ça lui a coûté cher : elle a été emprisonnée, notamment à la Bastille. Ses écrits ont ensuite beaucoup touché des protestants, en Europe et en Amérique.

Les lire avec la Bible en main

Les mystiques ne sont pas la Bible. Certains ont des expressions excessives, des expériences qu’il faut peser. Je les lis comme on écoute des anciens : avec respect et avec discernement. Ce qu’on reçoit, même d’un saint, se soumet au texte (Actes 17.11).

Et il y a un piège : faire de l’intimité avec Dieu un concours, une élite de super-spirituels. Les mystiques eux-mêmes disaient le contraire. Le chemin est l’humilité. Celui qui avance se sait toujours plus petit.

Ce qu’ils ont tous en commun

Ils ont tous découvert la même chose : Dieu n’est pas loin. Athanase d’Alexandrie, au IVᵉ siècle, le résumait de façon saisissante : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne participant de sa vie. C’est ce que Pierre écrit : nous devenons « participants de la nature divine » (2 Pierre 1.4). Pas par nos efforts, mais par union avec Jésus.

C’est aussi ce que je vis et ce que je prêche : passer d’une nature d’orphelin à la nature du Fils. J’en parle dans Le souffle qui change de nature.

Prier

Père, merci pour tous ceux qui ont marché avant moi sur ce chemin. Je ne veux pas seulement savoir des choses sur toi, je veux te connaître. Garde-moi de l’orgueil spirituel. Rends-moi simple, comme ces frères et sœurs qui te cherchaient dans le désert, à la cuisine ou en prison. Habite la demeure la plus intime de mon cœur. Amen.

En vidéo. Dans cette vidéo, je cite les pères du désert et Frère Laurent : des frères qui ont marché avant nous sur ce chemin de la présence. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.

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Le dossier complet

Cet article fait partie du dossier L’intimité avec Dieu : entrer soi-même dans le lieu secret. Le lieu secret, demeurer en lui, entendre sa voix, la prière contemplative, le jeûne, les mystiques : apprendre à vivre soi-même avec Dieu.

Les autres dossiers : Le cœur du Père · La prière

Audren Cheron, fondateur de Renouvelé
L’auteur

Audren Cheron est le fondateur de Renouvelé. Orphelin de père à dix-huit mois, il a rencontré le Père à dix-huit ans, à Marseille. Il s’est formé plusieurs années en théologie incarnée (une formation pratique, non académique) et en guérison intérieure. Il a été pasteur trois ans à Marseille, au lancement d’Every Nation Marseille, puis il a servi un an avec Jeunesse en Mission avant de fonder Renouvelé en 2017. Il est marié à Lucie-Anna et père de cinq enfants.

Les vidéos sur le sujet

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un mystique chrétien ?

Un chrétien qui cherche à connaître Dieu de l’intérieur, par l’amour et la prière, et pas seulement par des idées. Le mot vient du grec mustêrion, « mystère », que Paul emploie pour « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Colossiens 1.27).

Qui sont les grands mystiques chrétiens ?

Parmi les plus connus : Antoine et les pères du désert (IIIᵉ-IVᵉ siècles), Bernard de Clairvaux (XIIᵉ), Thérèse d’Avila et Jean de la Croix (XVIᵉ), Frère Laurent de la Résurrection et Madame Guyon (XVIIᵉ).

Qu’est-ce que Le Château intérieur de Thérèse d’Avila ?

Un livre de 1577 où Thérèse compare l’âme à un château de cristal avec plusieurs « demeures ». Au centre habite Dieu, et la prière est la porte pour y entrer.

Peut-on lire les mystiques quand on est protestant ou évangélique ?

Oui, avec discernement. Beaucoup de protestants ont été nourris par Frère Laurent ou Madame Guyon. On les lit comme des anciens, en soumettant ce qu’ils disent à la Bible (Actes 17.11).