Intimité · Transformation

Le souffle qui change de nature.

Par Audren Cheron · Renouvelé · 7 min de lecture · Dossier L’intimité avec Dieu

Il y a des jours où l’on vient devant Dieu avec un cœur chargé : de la colère, des reproches, de l’amertume. On pense qu’il faut d’abord se calmer, devenir doux, pour avoir le droit d’approcher. C’est l’inverse. C’est en s’approchant que quelque chose change de nature.

En bref. Le shofar, les eaux amères de Mara et l’épître de Jacques : comment la présence du Christ change la nature de ce qui sort de nous. En sa présence, ce qui était amer ne peut pas ressortir amer.

Le cri sans paroles

Le שׁוֹפָר, shofar (« cho-far »), la corne de bélier est soufflé dans les synagogues à la fête de Roch Hachana. Il ne produit pas de mots. Il produit un cri. La tradition juive, dans le Talmud (traité Roch Hachana 33b), entend dans ses sons des gémissements et des sanglots : ce que le langage n’arrive pas à dire.

J’aime cette image. Un souffle chargé de tout ce qu’on porte entre dans la corne, la traverse, et en ressort autre. Le même air entre lourd et sort transformé. Le shofar, lui, ne fait rien : il faut un souffle qui passe à travers.

Dessin au trait : un homme lève les mains devant l’autel en feu

La loi de la source

Jacques pose une question qui ressemble à une loi de la nature : « La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ? » (Jacques 3.11). Réponse évidente : non. Une source donne l’un ou l’autre, jamais les deux. Ce qui est dedans finit par sortir.

C’est vrai. Et c’est une mauvaise nouvelle, si on s’arrête là. Parce que tout le monde a des eaux amères quelque part.

Ce que j’ai vécu devant lui

Pendant huit ans, ma santé a décliné. Huit ans de « pourquoi ». Et une nuit, je me suis retrouvé devant Jésus. Je voulais lui demander des comptes. Tout était prêt à sortir en reproche.

Mais ça ne sortait pas. Ce qui sortait de ma bouche, c’était de la louange. Les larmes de douleur montaient, et dans sa présence, elles s’évaporaient. La source qui aurait dû donner de l’eau amère a donné de l’eau douce.

Ce n’était pas ma volonté. Je n’avais rien décidé. C’est la présence qui l’a fait. En sa présence, ce qui était amer ne pouvait pas ressortir amer.

Mara : le bois jeté dans l’eau

La Bible raconte ce miracle dès la sortie d’Égypte. Après la mer Rouge, le peuple marche trois jours sans eau. Puis il arrive à une source, mais il ne peut pas en boire, « parce qu’elle était amère ; c’est pourquoi ce lieu fut appelé Mara » (Exode 15.23). מָרָה, Mara (« ma-ra »), « amère ».

Moïse crie à Dieu, « et l’Éternel lui indiqua un bois, qu’il jeta dans l’eau. Et l’eau devint douce » (Exode 15.25). Le bois n’a pas filtré l’eau. Il ne l’a pas remplacée. Il a changé sa nature, sur place.

Beaucoup de chrétiens, depuis les premiers siècles, ont vu dans ce bois une image de la croix. Aucun verset ne le dit mot pour mot, mais tout le reste de la Bible va dans ce sens : le fleuve qui sort du temple et assainit la mer Morte (Ézéchiel 47.8-9), l’eau vive que Jésus promet à la Samaritaine (Jean 4.14), et cette source qui jaillit de celui qui croit (Jean 7.38).

Ce n’est pas l’instrument, c’est celui qui souffle

Il faut faire attention à un mot. Ce n’est pas ton amertume qui se transforme toute seule, par un effort ou par une technique intérieure. Le shofar ne se transforme pas lui-même. C’est le souffle qui le traverse.

En hébreu, le même mot dit le souffle et l’esprit : רוּחַ, rouah (« rou-ar »), « souffle, vent, esprit ». Jésus a soufflé sur ses disciples et leur a dit : « Recevez le Saint-Esprit » (Jean 20.22). C’est lui qui passe à travers nous.

Et c’est tout ce que je prêche : Jésus n’est pas venu seulement nous pardonner. Il est venu nous faire passer d’une nature d’orphelin à sa propre nature. Paul dit qu’il est devenu pour nous « sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Corinthiens 1.30). Pierre dit que nous devenons « participants de la nature divine » (2 Pierre 1.4). Pas par nos efforts : par union avec lui.

Miniature de la vidéo Jésus m’a montré les portes qui ouvrent sa présenceRegarder la vidéo : Jésus m’a montré les portes qui ouvrent sa présence

Alors approche, tel que tu es

N’attends pas d’être devenu doux pour t’approcher. Viens avec le souffle chargé. Avec la source amère. Avec les reproches que tu n’oses pas dire. C’est en t’approchant que tu deviens le lieu où le miracle se produit.

Écoute alors ce qui sort de toi. Non plus le reproche que tu portais, mais une eau que tu ne savais pas capable de jaillir de toi.

« En sa présence, ce qui était amer ne peut pas ressortir amer. »

Pour apprendre à rester dans cette présence, lis Le lieu secret et Le soaking. Et si tu traverses une longue saison de douleur, j’ai écrit Traverser la nuit obscure.

Prier

Jésus, je viens tel que je suis. Tu connais ce qui est amer en moi : les reproches, la colère, les pourquoi. Je ne vais pas faire semblant. Je te les apporte. Jette ton bois dans mes eaux. Souffle à travers moi, et que ce qui sort de moi devienne doux. Merci parce que tu ne m’as pas demandé d’être guéri avant de venir. Amen.

En vidéo. Dans cette vidéo, je raconte la nuit où, devant Jésus, mes larmes de douleur se sont changées en louange. C’est le cœur de cet enseignement. Et chaque jeudi à 21 h, on prie ensemble en direct sur YouTube.

À toi

Qu’est-ce qui est amer en toi, que tu n’as jamais osé lui apporter ?

Réponds-moi directement : je lis chaque message. Et si cet article t’a fait du bien, partage-le à quelqu’un qui en a besoin.

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Le dossier complet

Cet article fait partie du dossier L’intimité avec Dieu : entrer soi-même dans le lieu secret. Le lieu secret, demeurer en lui, entendre sa voix, la prière contemplative, le jeûne, les mystiques : apprendre à vivre soi-même avec Dieu.

Les autres dossiers : Le cœur du Père · La prière

Audren Cheron, fondateur de Renouvelé
L’auteur

Audren Cheron est le fondateur de Renouvelé. Orphelin de père à dix-huit mois, il a rencontré le Père à dix-huit ans, à Marseille. Il s’est formé plusieurs années en théologie incarnée (une formation pratique, non académique) et en guérison intérieure. Il a été pasteur trois ans à Marseille, au lancement d’Every Nation Marseille, puis il a servi un an avec Jeunesse en Mission avant de fonder Renouvelé en 2017. Il est marié à Lucie-Anna et père de cinq enfants.

Les vidéos sur le sujet

Questions fréquentes

Que signifie Mara dans la Bible ?

Mara (מָרָה, « ma-ra ») veut dire « amère ». C’est la source d’eau amère où arrive le peuple d’Israël après la mer Rouge. Dieu montre à Moïse un bois qui, jeté dans l’eau, la rend douce (Exode 15.23-25).

Que dit Jacques 3.11 ?

« La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ? » Jacques rappelle que ce qui est dans le cœur finit par sortir de la bouche. Seule la grâce peut changer la nature de la source.

Qu’est-ce que le shofar ?

Une corne de bélier qu’on souffle dans le judaïsme, notamment à Roch Hachana. Elle ne produit pas de mots mais un cri, que la tradition rapproche des gémissements du cœur (Talmud, Roch Hachana 33b).

Faut-il être en paix pour s’approcher de Dieu ?

Non. On peut venir avec sa colère et sa douleur, comme les psalmistes. C’est la présence de Dieu qui change le cœur, pas le cœur qui doit changer avant de venir.